Transcription
1
Reçue à Montélimar, le 17 septembre 1573.
2
Mon cousin, jay faict mon eedict de paciffication en intention de mectre mes subgectz
3
en repos et les dellivrer des vexations de la guerre. Toutesfois, je suis adverty
4
que mon pauvre peuple ne laisse destre affligé et oprimé aultant que jamais
5
par plusieurs compaignies de gendarmes et autres soldatz et gens de guerre
6
à pied qui tiennent les champs, vont rodant le pays, et font des maux
7
et extorsions innumerables, soubz couleur de se retirer en leurs maisons,
8
dont je suis très desplaisant ; et daultant plus, par ce quil semble que
9
la licence a prins telle habitude et auctorité, ou que la negligence soict telle
10
que personne singère dy remedier, comme si tout estoict habandonné et
11
à la descretion des meschans ; chose qui me poise à bon droict tellement sur
12
le cœur et m’est si importante que je ne seray jamais contant que il ny soict
13
pourveu comme il appartient. Au moyen de quoy, mon cousin, je vous prie
14
daultant que vous desirez me faire service à Grenoble, dambrasser lexecution
15
de ma volunté et en cest endroict aultant que la raison mes commandemens et
16
le debvoir vous y obligent, et faire faire commandement très expres à cry
17
public par tous les lieux et endroictz de votre gouvernement à ce faire accoustumez
18
à toutes lesdites compaignies de mes ordonnances, gens de pied et autres gens de
19
guerre de se retirer incontinant en leurs maisons et demeures sur peine
20
de la vie ; et où après ladite publication il sy en retrouverra encores quelques
21
ungs par les champs, sans adveu, les faire prandre et punir très rigoureusement ;
22
et pour le regard des compaignies qui passent d’ung lieu à autre par mon
23
commandemant et pour mon service, comme pour changer de garnison se retirer
24
en leurs maisons ou pour autres causes, dont ilz feront apparoir silz vivent
25
autrement quilz ne doibvent, rançonnent et pillent mon pauvre peuple
26
comme la pluspart sont acoustumez de faire à mon très grand regret, je
27
vous prie, mon cousin, en faire faire examplaire chastimant, de manière
28
que cela puisse tenir en pollice les autres, au soulagement de mondit pauvre
29
peuple ; et affin que nulle compaignie puisse entrer en votre gouvernement
30
sans que vous en soyez adverty, comme il advient assez souvant que les
31
premières nouvelles que lon a delles viennent des extorsions et pilleries
32
quelles font, quil soict, par ladite publication, deffendu à toutes compaignies
33
tant de cheval que de pied, de mectre le pid et singerer d’entrer en
34
votredit gouvernement sans premierement vous en avoir adverty, affin que le
35
chemin quilz auront à tenir passant en icelluy, leur soict par vous
36
prescript, ou le lieu de leur garnison silz sont ordonnez pour cest effect, commectant
37
quelqu'un au près de chacune, tant pour les conduire prandre garde à leur
38
manière de vivre que pour leur faire administrer ce qui leur sera de besoing,
39
davantage que il soict ordonné aux prevostz des mareschaux des lieux
40
[164 v°] de mectre à leur queue pour faire justice de ceulx qui le meriteront
41
et faire droict à qui il apartiendra si ce sont compaignies qui ne doibvent
42
que passer quand elles approcheront ung autre gouvernement celluy
43
que vous aurez mis à la conduicte d’icelles, ne fauldra d’en advertir
44
le gouverneur et lieutenant general dicelluy, affin quil les envoye recevoir.
45
Pareillement, me manderez les noms des compaignies et de celluy qui
46
y commandoict, et comme elles auront vescu. Cest ordre estant
47
bien suivy, jestime, mon cousin, quil sera bien facille de reprimer les
48
insolences qui règnent, parquoy je vous prie sur tout que desirez me
49
contanter de le faire garder comme il appartient de mode, que me reposant
50
sur vous de ce faict, puis que vous en ay mandé mon intention, je sois
51
asseuré que mondict pauvre peuple ne sera plus vexé, ny opprimé en
52
votre dit gouvernement, comme il a esté jusques icy et que je nen aye plus de
53
plainctes. Priant Dieu, mon cousin, vous avoir en sa saincte garde.
54
Escript à Paris, le dernier jour daoust 1573.
55
Charles
56
de neufville s[ecretair]e
